Vue d'ensemble
Sonoma vit dans l'ombre de Napa. C'est injuste. Et c'est aussi ce qui fait son intérêt : moins de tourisme, moins de marketing, moins de « cult wines » à 200 euros, et des vins souvent meilleurs pour le prix.
La différence fondamentale avec Napa : la diversité. Napa fait du Cab, un peu de Chard, et c'est à peu près tout. Sonoma fait du [Pinot Noir](/fr/wines/pinot-noir) (Russian River Valley, Sonoma Coast), du Chardonnay (tout partout), du Zinfandel (Dry Creek Valley), de la Syrah (Bennett Valley, Sonoma Coast), et même du Cab dans Alexander Valley. C'est une région caméléon. Et ce caméléon change de peau tous les trente kilomètres.
Le brouillard du Pacifique est le facteur clé. Il s'engouffre par la Petaluma Gap chaque matin, refroidit le sud et l'ouest de la région, puis se dissipe vers midi. Résultat : des conditions quasi bourguignonnes pour le [Pinot Noir](/fr/wines/pinot-noir) et le Chardonnay dans les zones côtières, et une chaleur sèche dans les vallées intérieures pour le Zinfandel et le Cabernet.
Cépages clés
Le [Pinot Noir](/fr/wines/pinot-noir) de Russian River Valley. C'est le fer de lance de Sonoma et, pour être honnête, c'est le meilleur [Pinot Noir](/fr/wines/pinot-noir) américain. Pas celui de l'Oregon (trop souvent comparé à la Bourgogne et jugé « pas assez »). Celui de Russian River, qui assume d'être californien : cerise noire mûre, terre humide, épice, tanins soyeux, acidité vive qui tient le tout en place.
Le Zinfandel de Dry Creek Valley, c'est autre chose. Un cépage que l'Europe ne connaît presque pas (sauf sous le nom Primitivo dans les Pouilles). À Dry Creek, sur les coteaux de vieilles vignes, il donne des rouges poivrés, mûrs, généreux, 14,5-15 % d'alcool mais sans la lourdeur qu'on pourrait craindre. Ridge Vineyards (Geyserville, Lytton Springs) reste la référence depuis cinquante ans.
Et la Syrah. Mal connue en Californie, mais la Sonoma Coast produit des Syrah fraîches, poivrées, presque rhodaniennes. Un Peay Vineyards Syrah (45 euros, Sonoma Coast) m'a fait oublier que j'étais en Californie pendant deux verres. Puis le fruit noir est revenu, et j'ai su.
Styles signatures
Le [Pinot Noir](/fr/wines/pinot-noir) de Russian River existe en deux registres. Le style « Californie assumée » (Merry Edwards, Kosta Browne) : fruit mûr, extraction modérée, bois discret, 14 % d'alcool. Savoureux, immédiat, plaisant. Le style « retenu » (Littorai, Failla, Williams Selyem cuvée parcellaire) : plus de terre, moins de fruit, acidité plus haute. Plus bourguignon dans l'esprit, si on veut faire la comparaison. Enfin, pas exactement. Disons plus nerveux.
Le Zinfandel va du fruité croquant (Seghesio, 18 euros) au monstre de vieilles vignes concentré et épicé (Ridge Lytton Springs, 35 euros). Le premier va avec un barbecue du dimanche. Le second mérite un plat braisé, un soir d'hiver.
À repérer sur la carte des vins
Sur une carte française, Sonoma apparaît moins souvent que Napa. Quand c'est le cas, c'est bon signe : le sommelier cherche au-delà du facile.
Cherchez « Russian River Valley » pour le Pinot. C'est le signal de qualité. Un simple « Sonoma County » est plus vague et peut venir de n'importe où dans la région. La différence de prix est modeste (5-10 euros), la différence de qualité, non.
Pour le Zinfandel, « Dry Creek Valley » est le mot magique. Ridge Geyserville (un assemblage à base de Zin, 30 euros) est sur beaucoup de cartes et ne déçoit jamais. Si vous ne trouvez pas Ridge, un Seghesio Zinfandel Sonoma (18 euros) est fiable.
Attention aux Chardonnay de Sonoma trop boisés. Le travers californien existe ici aussi. Demandez au sommelier s'il est « élevé en fût » ou « cuve inox ». Ça change tout. Un Chardonnay Sonoma Coast de Ramey (28 euros) trouve le bon équilibre.
Accords mets-vins régionaux
Les huîtres de Tomales Bay, crues, iodées, charnues. Un Chardonnay non boisé ou un pétillant naturel de la région. Pas un Pinot rouge, surtout pas un Zinfandel. L'iode et les tanins, ça ne fonctionne pas, même légers.
Le saumon grillé du Pacifique, peau croustillante, chair rosée. L'accord signature de Sonoma : un [Pinot Noir](/fr/wines/pinot-noir) de Russian River Valley. Pas trop jeune, deux ou trois ans. La cerise noire et la terre du vin complètent le gras du saumon, l'acidité nettoie. Un Pinot de Williams Selyem (le « Sonoma County » à 35 euros, pas les parcellaires à 70) est parfait ici.
Le poulet rôti fermier, simplement herbes et citron. Chardonnay. Un bon Chardonnay de Sonoma Coast, avec du fruit, un peu de noisette, pas trop de bois. La Crema Sonoma Coast (22 euros), c'est honnête et ça fait le boulot.
Et le Zinfandel avec quoi ? Côtes de porc grillées au barbecue, sauce légèrement sucrée-épicée. Le poivre du Zin rencontre le poivre de la sauce, le fruit mûr embrasse la caramélisation. Un accord très californien, très satisfaisant.
Bons plans et rapports qualité-prix
Sonoma bat Napa sur le rapport qualité-prix, catégorie par catégorie. Un [Pinot Noir](/fr/wines/pinot-noir) de Russian River à 25 euros offre ce qu'un Bourgogne village à 35-40 euros n'offre pas toujours (controversé, je sais, mais j'assume).
Le Zinfandel entre 15 et 25 euros est un des meilleurs rapports qualité-prix en rouge californien. Aucun équivalent en France. Le Seghesio Zinfandel 2021 (18 euros) est mon rouge de barbecue préféré en dehors de la vallée du Rhône.
Passez votre chemin sur les [Pinot Noir](/fr/wines/pinot-noir) de Sonoma à moins de 15 euros. Le Pinot bon marché de Californie, c'est du sucre, du bois et de la déception.
Sonoma sur votre table
Vous êtes face à une carte californienne qui mélange Napa, Sonoma, Paso Robles et Central Coast. Photographiez-la et laissez Carafe démêler les sous-appellations. Russian River pour le saumon, Dry Creek pour les côtes de porc, Sonoma Coast pour les huîtres. Dix secondes pour lire ce qu'un sommelier mettrait cinq minutes à vous expliquer.