Toscane

La Toscane au-delà du Chianti générique : Brunello, Super Toscans et les appellations qui valent chaque euro

Vue d'ensemble

Un soir de novembre, dans une trattoria coincée entre deux ruelles de Montalcino, j'ai commandé un Rosso di Montalcino 2020 à 18 euros parce que le Brunello commençait à 55. Le patron a souri. « Rosso, c'est le Brunello qui ne veut pas attendre. » Il avait raison.

La Toscane, on la réduit trop souvent au Chianti de supermarché. Celui avec la fiasque paillée et le goût de cerise acide fatiguée. Oubliez-le. La vraie Toscane viticole, c'est une hiérarchie aussi précise que Bordeaux : Chianti de base, puis Classico, puis Riserva, puis Gran Selezione, et tout en haut, Brunello di Montalcino. Même cépage (le Sangiovese), mais des terroirs, des ambitions et des prix qui n'ont rien à voir.

Le climat méditerranéen donne des étés secs, des vendanges ensoleillées, mais les collines au-dessus de 300 mètres gardent des nuits fraîches. C'est cette amplitude qui sauve le Sangiovese de la lourdeur. Sans elle, il serait confiture.

Cépages clés

Le Sangiovese règne. Pas en douceur. C'est un cépage qui griffe : acidité haute, tanins serrés, amertume noble en finale. Il demande du temps, du terroir et un vigneron qui ne cherche pas à l'arrondir à coups de barrique neuve.

Le piège ? Les Super Toscans. Sassicaia, Ornellaia, Tignanello : des vins magnifiques, mais c'est du [Cabernet Sauvignon](/fr/wines/cabernet-sauvignon) et du Merlot plantés sous le soleil toscan. On est plus à Bolgheri qu'à Bordeaux, mais le cépage reste bordelais. Si vous cherchez la Toscane dans un Super Toscan, vous trouverez la Californie avec un accent italien. Ce n'est pas un défaut. Mais il faut le savoir.

Styles signatures

Sur une carte, repérez trois niveaux. Un Chianti Classico (Castello di Ama, Fontodi, Isole e Olena) entre 15 et 25 euros vous donne la cerise, les herbes de garrigue, une bouche tendue et des tanins qui tiennent la viande. C'est le vin de table par excellence.

Un Brunello di Montalcino, c'est une autre affaire. Cinq ans de vieillissement minimum avant la mise en bouteille. Le 2016 de Biondi-Santi (si vous le trouvez, comptez 80 euros minimum) tapisse la bouche, s'étire pendant une minute, dépose du cuir et du tabac blond sur la langue. Mais un Brunello trop jeune, ça ne marche pas. Les tanins sont secs, le fruit se cache. Cinq ans après la mise en bouteille, minimum.

À repérer sur la carte des vins

Le mot « Riserva » sur un Chianti Classico signifie au moins 24 mois d'élevage. Ça change tout. La Riserva 2019 de Castello di Volpaia (autour de 22 euros) a cette profondeur que le Chianti Classico « normal » n'atteint pas. Plus de cuir, moins de cerise croquante, une finale qui persiste.

Mais le vrai secret, c'est le Rosso di Montalcino. Même zone que le Brunello, même cépage, moins de vieillissement obligatoire. Résultat : un Sangiovese pur, plus souple, prêt à boire, à 15-22 euros. Le Rosso 2021 de Poggio di Sotto (19 euros chez mon caviste du 5e) vaut largement un Chianti Classico Riserva plus cher.

Et puis il y a le Morellino di Scansano, dans la Maremme côtière. Moins connu, moins cher (10-14 euros), plus fruité. Le Morellino 2022 d'Erik Banti, 11 euros, frais et direct. Parfait pour un mardi.

Accords mets-vins régionaux

La bistecca alla fiorentina, épaisse de quatre doigts, cuite sur braises de chêne, saignante au centre. C'est l'accord toscan par excellence, et il ne fonctionne qu'avec un vin qui a assez de tanins et d'acidité pour trancher dans le gras. Un Chianti Classico Riserva, pas un Brunello (trop précieux pour une grillade). Le Chianti Classico 2020 de Fontodi, « Vigna del Sorbo » Gran Selezione, à 35 euros, enveloppe la viande sans l'écraser.

Le ragù de sanglier sur pappardelle, c'est différent. On veut du fruit noir, de la rondeur. Un Rosso di Montalcino passe mieux ici qu'un Chianti trop nerveux.

Et la ribollita ? Cette soupe dense au chou noir, aux haricots blancs, au pain rassis. Un vin simple. Un Chianti de base, pas trop tannique, servi légèrement frais. 13 degrés, pas plus. On n'est pas au restaurant gastronomique, on est à la maison.

Bons plans et rapports qualité-prix

Le Chianti Classico reste un des meilleurs rapports qualité-prix en rouge de garde. Entre 13 et 20 euros, vous avez des vins de propriétés sérieuses, élevés en fûts, capables de vieillir cinq à huit ans. Essayez le Chianti Classico 2021 de Castellare di Castellina (14 euros) : cerise noire, romarin, tanins fins. Prêt maintenant, meilleur dans deux ans.

Passez votre chemin sur les Chianti génériques en dessous de 8 euros. Là, c'est du volume, pas du terroir.

Pour les Super Toscans, il y a un bon plan méconnu : les « seconds vins » des grands domaines. Le Serre Nuove dell'Ornellaia (30-35 euros) donne 70 % du plaisir de l'Ornellaia pour un tiers du prix.

Photographiez la carte

Face à une carte italienne qui aligne trente références toscanes entre Chianti, Brunello, Vino Nobile et Bolgheri, on peut hésiter longtemps. Carafe lit la carte, croise les plats et les vins, et vous dit lequel prendre avec vos pappardelle al cinghiale. Dix secondes, pas de bluff.

Styles signatures

  • Chianti Classico : cerise acide, herbes sèches, tanins fermes et finale amère noble
  • Brunello di Montalcino : 100 % Sangiovese, cuir, tabac, structure taillée pour la garde
  • Super Toscans : assemblages bordelais sous le soleil italien, boisé assumé, fruit noir concentré

Traditions culinaires

  • Bistecca alla fiorentina sur braises
  • Ragù de sanglier sur pappardelle
  • Ribollita au chou noir toscan
  • Pecorino toscano affiné avec miel de châtaignier